en brefhistoire • peuple • culture • géographie • spiritualité • occupation chinoise • droits humains • dalaï lama • en exil • en belgique

Le statut du Tibet, son histoire • Sommaire - page 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10

Pertinence des arguments de la Chine

Ainsi qu'il a été dit au début, la Chine justifie sa présence au Tibet par deux arguments: premièrement, le Tibet a toujours fait partie intégrante de la Chine; deuxièmement, le Tibet était économiquement et socialement sous-développé et avait donc besoin d'être "libéré".

L'analyse du statut du Tibet faite dans la première partie montre que l'histoire connue du Tibet remonte à 2.000 ans et que le Tibet existe en tant qu'Etat depuis plus de 1.000 ans. Le Tibet a subi, de temps en temps et à divers degrés, l'influence des puissances environnantes. Les Mongols au XIIIe siècle, les Mandchous au XVIIIe, et les Britanniques au XXe ont tous fait valoir, pendant de brèves périodes, certains droits sur le Tibet. Au total, le Tibet a subi une influence considérable de la part de puissances étrangères pendant peut-être un peu plus de 200 ans.

Quant aux arguments avancés pour prouver que le Tibet fait depuis toujours partie de la Chine, la République populaire de Chine n'a pu leur trouver aucune base, si ce n'est l'un ou l'autre événement historique mineur au regard des grands événements de l'histoire tibétaine.

Deux empereurs tibétains ont épousé, au VIIe et VIIIe siècles respectivement, des princesses impériales tibétaines. Sans doute. Mais ce que les Chinois se gardent bien de préciser, c'est d'abord, que les empereurs tibétains avaient toute une série d'épouses -notamment, une princesse népalaise- qui leur avaient été données en mariage par les souverains de pays voisins, et ensuite, que les princesses chinoises n'ont été accordées à l'empereur tibétain qu'à contrecoeur, sous la menace d'une invasion armée. La Chine fait valoir qu'au cours de cette période antique de l'histoire tibétaine, elle a eu un grand rayonnement culturel au Tibet. Mais quel est donc le pays qui n'a pas subi l'influence culturelle de ses voisins? L'ampleur d'un rayonnement culturel est sans effet sur le statut politique ou juridique des Etats. Et du reste, l'influence culturelle des voisins méridionaux du Tibet, l'Inde et le Népal, a été infiniment plus grande.

Autre argument de la Chine: la domination mongole au Tibet au XIIIe siècle. Comment le fait que les Grands Khans mongols, Kublaï et ses successeurs, ont exercé une influence dominante au Tibet peut-il bien prouver que le Tibet faisait partie de la Chine? Laquelle Chine avait bien, pour sa part, été assujettie par les Grands Khans mongols, qui ont régné sur elle pendant 100 ans. Or les Mongols avaient soumis à leur pouvoir la majeure partie de l'Asie et une grande partie de l'Europe. Ces territoires font-ils également partie de la Chine aujourd'hui, et la Chine va-t-elle pouvoir les revendiquer aussi? Selon un tel raisonnement, on peut déclarer que la Grande-Bretagne fait, par exemple, partie de la France, sous prétexte que les deux pays étaient autrefois assujettis à l'Empire romain.

La Chine prétend ensuite que les relations entre la dynastie des Qing et le Tibet sont la preuve formelle que le Tibet faisait, à cette époque, partie intégrante de la Chine. Les Mandchous ont exercé une influence au Tibet aux VIIIe et XIXe siècles. Les empereurs mandchous ont noué des liens religieux, et sûrement aussi politiques, avec les Dalaï Lamas du Tibet. Ces liens étaient du même ordre, quoique moins étroits, que ceux que le Tibet avait eus avec les Mongols. A l'époque où les empereurs mandchous avaient atteint le sommet de leur puissance, après qu'ils eurent conquis la Chine et installé la dynastie Qing, ils ont effectivement exercé une influence considérable au Tibet. Ils établirent un Résident à Lhassa avec une petite escorte. Ils envoyèrent des troupes pour aider le Tibet à repousser des envahisseurs. A certains moments, ils intervinrent dans les affaires intérieures du Tibet.

Aussi, le Tibet avait, au zénith de la puissance mandchoue, un statut qui comparable à celui d'un protectorat. Sous le régime du protectorat, un pays peut offrir sa protection à un autre Etat en échange d'une influence sur les relations extérieures ou de la maîtrise complète de celles-ci. Un pays peut stationner des troupes ou installer un "Résident" dans l'Etat protégé en vue de sauvegarder ses intérêts ou de conclure des traités au nom de cet Etat. Un Etat protégé ou satellite peut subir de diverses manières le contrôle de son protecteur: intervention dans les affaires intérieures ou extérieures, présence militaire, sphère d'influence, exclusion de relations avec d'autres pays. Toutefois, ni les protectorats ni les satellites ne perdent leur indépendance pour autant. Si la présence de troupes étrangères, une influence ou ingérence étrangère, des alliances militaires ou même politiques impliquaient la perte du statut d'Etat indépendant, combien d'Etats indépendants le monde compterait-il encore actuellement?

A supposer même que le Tibet ait connu une plus grande dépendance, voire une perte d'indépendance sous l'empire mandchou, nos conclusions restent valables. En effet, la chute de l'empire mandchou en 1911 a mis fin d'emblée à toutes les relations du Tibet avec son voisin oriental ainsi qu'à toutes les relations entre les Dalaï Lamas et les empereurs mandchous de la dynastie des Qing, de quelque nature qu'elles aient été. De 1911 à 1950, le Tibet a su se garder de toute influence étrangère indue et s'est comporté à tous égards comme un Etat totalement indépendant.

Si le Tibet n'a pas entretenu un vaste réseau de relations internationales, il reste que les pays avec lesquels il a eu des relations, ont tous traité le Tibet à l'égal de n'importe quel Etat indépendant. En fait, comme je l'ai dit, le Tibet a été, au cours de son histoire, un pays plus libre que la plupart des pays du monde. Il n'a jamais été colonisé, tout au moins avant 1950, et il l'a été à une époque où la plupart des colonies étaient en train de trouver ou recouvrer leur indépendance. Le Tibet était un Etat souverain en 1950, et depuis, il ne s'est produit aucun fait de transfert de souveraineté à la Chine. En conséquence, le Tibet est actuellement un pays occupé illégalement.

La République populaire de Chine a envahi et occupé le Tibet par la force. Or, la souveraineté ne saurait être acquise ou transférée par la menace ou l'usage de la force, du moins depuis l'entrée en vigueur de la Charte des Nations Unies. La RPC a imposé un traité au Tibet sous la menace et par la force. En droit international, des traités de cette nature sont nuls ab initio. Ils sont donc sans effet, qu'ils aient ou non été répudiés (comme le Dalaï Lama l'a fait en l'espèce dès qu'il en a eu l'occasion).

La RPC maintient son emprise sur le Tibet par le recours constant à la menace et la force. Or, un droit de souveraineté ne saurait s'acquérir par l'usage illégal de la force; il ne saurait pas non plu s'acquérir par l'usage prolongé de la force. Il pourrait en être autrement si l'occupation était pacifique, si elle était suffisamment acceptée et si les prétentions de la Chine n'étaient pas contestées.

Les Chinois sont toutefois obligés de maintenir des centaines de milliers d'hommes de troupe au Tibet pour contrôler une population de 6 millions de personnes. Les Tibétains se sont soulevés à de nombreuses reprises. Le soulèvement le plus connu, celui de 1959, a coûté la vie à plus de 100.000 Tibétains. En 1972, 12.000 Tibétains ont été tués. La guerilla antichinoise s'est poursuivie jusqu'en 1974. La résistance clandestine se renforce. Le gouvernement et la communauté en exil opposent un déni constant aux prétentions chinoises.

Le gouvernement tibétain en exil, qui est la continuation du gouvernement légitime du Tibet indépendant à Lhassa, fonctionne comme un vrai gouvernement - avec un exécutif, un législatif et un système judiciaire- malgré des circonstances difficiles.Pour parler avec un éminent spécialiste du droit international, le juge D. Jessup, disons que: ì..rien n'atteste mieux le dynamisme et la continuité de l'Etat occupé que l'existence et l'activité d'un gouvernement en exil ou, pour parler mieux et plus clairement, d'un Etat en exil.î.

Le Tibet est le plus grand territoire à avoir été dépouillé de sa souveraineté depuis la Deuxième Guerre Mondiale, et le gouvernement tibétain en exil est le seul gouvernement en exil qui soit actuellement en exercice dans le monde. Des annexions de cet ordre n'ont jamais été reconnues, même pour des territoires plus petits. Rappelons une fois encore que la RPC est un des défenseurs les plus ardents du principe voulant que nul territoire ne peut s'acquérir par la force, par des traités iniques ou imposés par la contrainte, ou par le biais d'une mainmise prolongée. Par conséquent, et de l'aveu même de la RPC, le Tibet ne saurait être reconnu comme faisant partie de la Chine.

Rappelons une fois encore que la RPC n'a jamais fait valoir qu'elle avait annexé le Tibet en 1950 ou depuis 1950. La RPC prétend que son titre de propriété sur le Tibet est fondé uniquement par l'histoire ancienne, d'où elle tire les trois arguments cités. Or, comme on l'a vu, ces arguments ne résistent pas à l'examen et ne prouvent absolument pas que le Tibet aurait été incorporé autrefois dans la Chine et serait devenu partie intégrante de ce pays. Il s'en suit que le Tibet est, à ce jour, un Etat indépendant de plein droit. L'occupation persistante du Tibet par la Chine constitue donc une violation grave du droit international.

Telle est l'interprétation correcte de la situation et du comportement de la Chine ainsi que de la manière dont elle traite la question tibétaine au niveau international.

Enfin, la RPC prétend que le Tibet était un pays arriéré et que les Tibétains avaient besoin de l'aide chinoise pour se développer. C'est ainsi qu'on a pu lire dans la 'Beijing Review' un article représentatif de cette conviction largement répandue parmi les Chinois, qui annonce dans le plus pur style colonialiste: "...nous sommes venus civiliser les pauvres indigènes arriérés...".

Le Tibet de 1950 était économiquement, socialement et technologiquement sous-développé, c'est exact. Mais la plus grande partie de l'Asie, y compris la Chine, l'était tout autant à la même époque. Quelques pays asiatiques étaient peut-être plus avancés à cet égard, mais le Tibet n'était sûrement pas très différent de pays tels que l'Afghanistan, le Népal ou le Bhoutan, pour ne citer que quelques exemples centre-asiatiques. Et quand bien même le Tibet eût-il été particulièrement arriéré, était-ce une raison suffisante pour l'envahir et l'occuper?

Ce qui m'a frappé le plus lors de mes récents passages au Tibet, c'est combien peu le niveau de vie des Tibétains s'est amélioré en plus de quarante ans d'occupation chinoise. Sans doute, les infrastructures ont été développées et de nombreuses nouvelles constructions sont apparues dans les villes, qui se sont agrandies, mais ces progrès matériels ne profitent guère aux Tibétains ordinaires. En réalité, l'occupation chinoise s'est soldée pour les Tibétains par une somme extraordinaire de souffrances et de privations, qui est sans aucune commune mesure avec un quelconque progrès que les Chinois pourraient prétendre avoir apporté au Tibet.

Jamais auparavant les Tibétains n'ont eu à subir une répression politique, religieuse et physique aussi féroce, ni de telles privations économiques, dont la famine. Il ne doit plus rester une seule famille tibétaine dont l'un ou l'autre membre n'ait pas été tué, emprisonné ou maltraité.

Alexandre Solsjénitsyne a dit du régime chinois au Tibet qu'il était ìle plus brutal et le plus inhumain de tous les régimes communistes de la planèteî.

Extrait de la prise de position de M. Michael Van Walt Van Praag, professeur de droit international et Secrétaire général de l'UNPO, à l'audition sur le Tibet organisé à la Commission des Affaires étrangères du Parlement allemand - Bonn, le 19 juin 1995.

Le statut du Tibet, son histoire • Sommaire - page 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10
 
en brefhistoire • peuple • culture • géographie • spiritualité • occupation chinoise • droits humains • dalaï lama • en exil • en belgique
Dernière mise à jour: 22.11.2004© 2004 Les Amis du Tibet