Le statut du Tibet, son histoire
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Relations de voisinage avec les Mandchous, les Ghorkas
et les Britanniques
Le Tibet n'a pas eu de liens politiques
avec les empereurs de la dynastie Ming (1386-1644). L'histoire
dynastique officielle des Ming, le Ming Shi, reconnaît
en fait l'autorité du Dalaï Lama sur les ìétrangers
des pays de l'Ouestî. Pour sa part, le Dalaï Lama, qui
avait établi son pouvoir sur le Tibet en 1642 avec
l'aide d'un protecteur mongol, Gushri Khan, maintint des relations
très étroites avec divers princes mongols. Il
noua également, en 1639, des liens religieux très
étroits avec le premier empereur mandchou ainsi qu'avec
avec son successeur, Shunzi, qui soumit la Chine et y établit
la dynastie des Qing (1644-1911). Le Dalaï Lama accepta
de devenir le guide spirituel de l'empereur mandchou en échange
de son patronage et sa protection. Cette relation entre ëprêtre
et protecteur' (en tibétain, Choe-Yoen), semblable
à celle que le Dalaï Lama entretenait avec un
certain nombre de princes mongols et de nobles tibétains,
a été l'unique lien formel qui ait jamais existé
entre les Tibétains et les Mandchous sous la dynastie
Qing. Comme telle, cette relation n'affectait absolument pas
l'indépendance du Tibet.
Au niveau politique, quelques puissants
empereurs mandchous ont su exercer une certaine influence
politique au Tibet. C'est ainsi qu'entre 1720 et 1792, les
empereurs Kangxi, Yong Zhen et Quianlung ont envoyé
à quatre reprises des troupes impériales au
Tibet pour protéger le Dalaï Lama et les Tibétains,
tantôt contre des invasions étrangères,
de Mongols ou de Ghorkas, tantôt contre des troubles
intérieurs. Ces expéditions ont permis à
l'empereur d'établir son influence au Tibet. Il a envoyé
des représentants à Lhassa, la capitale du Tibet,
dont certains sont, en son nom, intervenus avec succès
auprès du gouvernement tibétain, surtout dans
le domaine des relations extérieures. A l'époque
de la plus forte influence mandchoue au Tibet, celui-ci se
trouvait dans une situation analogue à celle qui peut
s'établir entre une superpuissance et un pays satellite
ou un protectorat, c'est à dire une situation qui,
bien que politiquement significative, ne met pas fin à
l'existence indépendante de l'Etat le plus faible.
Cet état de choses a duré
quelques décennies. Le Tibet n'a jamais été
incorporé dans l'Etat mandchou et encore moins intégré
à la Chine, et il a continué de gérer
pratiquement seul ses relations avec les pays voisins. Cela
ne signifie pas que les empereurs mandchous n'ont pas eu une
influence considérable au Tibet: selon la personnalité
et l'habilité de leurs représentants à
Lhassa (les Ambans), ils ont effectivement exercé,
pendant de brèves périodes, une influence décisive
sur la composition et les décisions du gouvernement
tibétain.
L'influence mandchoue, quelle qu'ait
pu en être l'ampleur à certains moments, n'a
pas duré longtemps. Elle s'était déjà
totalement dissipée en 1904, lorsque les Britanniques,
après une très courte occupation de Lhassa,
signèrent un traité bilatéral avec le
Tibet, la "Convention de Lhassa". Malgré
sa perte d'influence, le gouvernement impérial de Pékin
persista à revendiquer une certaine autorité
sur le Tibet, particulièrement en matière de
relations extérieures, autorité que le gouvernement
britannique décrit par le terme de "suzeraineté"
dans ses contacts avec Pékin et St.-Petersbourg.
L'armée impériale chinoise
tenta d'ailleurs de rétablir l'influence de l'empereur
au Tibet en envahissant le pays et en occupant Lhassa. Le
Dalaï Lama chercha refuge en Inde britannique et ne revint
à Lhassa qu'après que les troupes chinoises
en eurent été chassées. Après
la révolution de 1911 en Chine et la déposition
de l'empereur mandchou, les troupes impériales se rendirent
à l'armée tibétaine et furent rapatriées
en vertu de deux traités de paix sino-tibétains,
d'août et décembre 1912, respectivement. Le Dalaï
Lama réaffirma l'indépendance pleine et entière
du Tibet, vis-à-vis de ses sujets par une proclamation
(de 1913), et vis-à-vis de l'extérieur par des
communications à des chefs d'Etat étrangers,
notamment, britannique, russe et chinois, ainsi que par un
traité avec la Mongolie.
Extrait de la prise de position de M. Michael
Van Walt Van Praag, professeur de droit international et Secrétaire
général de l'UNPO, à l'audition sur le
Tibet organisé à la Commission des Affaires
étrangères du Parlement allemand - Bonn, le
19 juin 1995.
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