Le statut du Tibet, son histoire
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Le Tibet au XXe siècle
Le statut qu'avait le Tibet après
l'expulsion de l'armée mandchoue n'est pas réellement
contesté. Les liens entre les Dalaï Lamas et les
empereurs mandchous de la dynastie Qing ont été
rompus par la déposition de l'empereur et la disparition
de la dynastie. Entre 1911 et 1950, le Tibet a su se garder
de toute influence étrangère indue, et il s'est
comporté à tous égards comme un Etat
pleinement indépendant.
A la veille de l'invasion chinoise, qui
a débuté en 1949, le Tibet possédait
tous les attributs d'un Etat indépendant au sens du
droit international, à savoir, un territoire, un peuple
occupant ce territoire, et un gouvernement capable d'établir
des relations avec d'autres Etats. Le Tibet avait son propre
chef d'Etat, son propre système de gouvernement, son
propre système judiciaire, ses propres impôts,
sa propre monnaie, son propre service postal (et ses timbres),
son propre ministère des Affaires étrangères
et sa propre armée.
Le Tibet entretenait des relations diplomatiques
avec le Népal, avec le Bhoutan et, de façon
très restreinte, avec la Mongolie et la Russie. Il
a entretenu des relations diplomatiques très complètes
avec la Grande-Bretagne et ensuite avec l'Inde indépendante.
Ses relations avec la Chine sont restées tendues. Les
Chinois menaient une guerre des frontières contre le
Tibet, et le président de la République chinoise
a enjoint à plusieurs reprises le Tibet (et le Népal)
à "se joindre à" la République
chinoise, confirmant par là que le Tibet ne faisait
pas du tout partie de la Chine. Cela n'a pas empêché
la Chine de faire croire en même temps au reste du monde
que le Tibet était déjà une des "cinq
races" de la Chine.
Dans le but de dissiper les tensions
sino-tibétaines, le gouvernement britannique a, sur
initiative du Dalaï Lama, convoqué une conférence
tripartite à Simla en 1913, à l'occasion de
laquelle les trois Etats se sont rencontrés en égaux.
Ainsi que le représentant britannique l'a rappelé
à son homologue chinois, le Tibet participait à
la conférence comme "Etat indépendant ne
reconnaissant aucune allégeance vis-à-vis de
la Chine".La conférence fut un échec dans
la mesure où elle n'a pas résolu le différend
entre la Chine et le Tibet. Fait significatif, toutefois,
l'amitié anglo-tibétaine a été
confirmée par la signature de traités bilatéraux
relatifs aux échanges commerciaux et à la sûreté
des frontières.
Dans une Déclaration commune,
le Tibet et la Grande-Bretagne s'engagent à ne reconnaître
aucun droit de suzeraineté ni aucun autre droit à
la Chine sur le Tibet si la Chine refusait de signer la Convention
de Simla, qui devait garantir les frontières extérieures
du Tibet, son intégrité territoriale et son
autonomie pleine et entière.La Chine n'a jamais signé
la Convention, de sorte que les termes de la "Déclaration
commune" anglo-tibétaine sont toujours en vigueur.
La Conférence de Simla implique la reconnaissance,
tant par la Grande-Bretagne que par la Chine, du Tibet comme
Etat souverain et de sa capacité de négocier
et signer des traités en toute indépendance
et à l'égal d'autres Etats souverains.
Le Tibet a conduit ses relations internationales
principalement en traitant avec les missions diplomatiques
britannique, chinoise, népalaise et bhoutanaise à
Lhassa, mais il a aussi envoyé des délégations
à l'étranger. Après l'accession de l'Inde
à l'indépendance, une mission indienne a pris
la place de la mission britannique à Lhassa. Le gouvernement
indien a envoyé la communication suivante au gouvernement
du Tibet:
"Le gouvernement de l'Inde serait
heureux de recevoir l'assurance que le gouvernement tibétain
a bien l'intention de poursuivre les relations sur les bases
existantes jusqu'à ce que de nouveaux accords aient
pu être pris concernant les affaires que chaque partie
souhaite traiter. Telle est la procédure adoptée
par tous les pays signataire des traités avec le gouvernement
de Sa Majesté britannique dont l'Inde a hérité."
Pendant la deuxième guerre mondiale,
le Tibet est resté neutre, et ceci, en dépit
des fortes pressions de la part des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne
et de la Chine qui souhaitaient faire passer des transports
militaires par son territoire. Si le Tibet avait réellement
fait partie de la Chine, comme la RPC le prétend, il
lui eût été impossible de proclamer sa
neutralité dans une guerre à laquelle la Chine
prenait part, et cette neutralité n'aurait du reste
pas été respectée par les puissances
ennemies.
Si le Tibet n'a pas eu de relations internationales
étendues, les pays avec lesquels il avait de telles
relations, ont toujours traité le Tibet à l'égal
de n'importe quel Etat souverain. C'est ainsi que le Népal,
lorsqu'il a sollicité son admission aux Nations Unies,
a invoqué ses traités et relations diplomatiques
avec le Tibet comme preuve de ce qu'il possédait bien
la personnalité juridique internationale. Même
le dernier chef de mission chinois à Lhassa, Shen Zonglian,
invité par le gouvernement tibétain à
quitter le Tibet lorsque les communistes prirent le pouvoir
en Chine et que Mao Tsedong annonça son intention de
"libérer" le Tibet, a reconnu que "depuis
1911, Lhassa (c. à d., le Tibet)" avait été
"pleinement indépendante à tous égards".
Extrait de la prise de position de M. Michael
Van Walt Van Praag, professeur de droit international et Secrétaire
général de l'UNPO, à l'audition sur le
Tibet organisé à la Commission des Affaires
étrangères du Parlement allemand - Bonn, le
19 juin 1995.
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