L'affaire du Panchen Lama:
une
ingérence politique de la Chine dans une
procédure religieuse traditionnelle
Sommaire
Préface
L'un des mots d'ordre les plus vantés
dans les déclarations de la Chine concernant son rËgne
bienveillant sur le Tibet est la prétendue liberté
religieuse. Or les événements précédant
et suivant la reconnaissance du nouveau Panchen Lama par Sa
Sainteté le DalaÔ Lama, le 14 mai 1995, ont révélé
plus que jamais la fausseté de cette prétention
affichée par la Chine.
Les documents suivants expliquent en
détail la maniËre dont a été menée
la recherche du XIe Panchen Lama et révËlent, dans
le contexte de l'histoire religieuse, la relation symbiotique
entre les DalaÔ Lamas et les Panchen Lamas pendant quatre
siËcles.
C'est par une fiction politique que la
Chine prétend avoir autorité sur de précédentes
découvertes de réincarnations. Afin de justifier
leur manipulation politique d'une procédure purement
religieuse, les autorités chinoises ont réécrit
et déformé l'histoire religieuse du Tibet.
1.
Contacts avec
Pékin concernant
la recherche
de la
réincarnation du
Panchen Lama
Le 28 janvier 1989, le Xe Panchen Lama
meurt au Tibet, âgé de 50 ans. AussitÙt, Sa Sainteté
le DalaÔ Lama propose d'envoyer une délégation
de dix religieux tibétains au monastËre de Tashilhunpo
ý Shigatse et dans d'autres régions du Tibet comme
Lhassa, Kumbum et Labrang Tashikyil, afin d'offrir des priËres
et de mener la cérémonie du Kalachakra pour
feu le Panchen Lama. Les autorités chinoises rejettent
cette proposition.
Le 21 mars 1991, l'ambassade de Chine
ý New Delhi informe son gouvernement que Sa Sainteté
le DalaÔ Lama souhaite apporter son aide ý la recherche de
l'authentique réincarnation du Panchen Lama. Pour faciliter
sa t’che, Sa Sainteté exprime le souhait d'envoyer
une délégation de hauts lamas et abbés
ý Lhamo Lhatso, le lac sacré prËs de Lhassa, afin de
prier et d'observer dans le lac des visions prophétiques
qui pourraient guider la délégation ý trouver
la vraie réincarnation. Trois mois plus tard, le gouvernement
chinois répond qu'il n'y avait aucun besoin "d'ingérence
étrangËre" dans cette question.
Chadrel Rinpoche, abbé de Tashilhunpo,
a été nommé par les autorités
chinoises président de la commission de recherche de
la réincarnation du Panchen Lama. Il poursuit sa quÍte
pendant trois ans. Il se rend deux fois au lac sacré
de Chokhor Gyal Lhatso (Lhamo Lhatso) et une fois au Rinpung
Chamsring Tso (Yongtsa Loutso) pour observer les signes, et
il se livre aussi ý d'autres recherches religieuses. Les signes
révËlent que la XIe réincarnation a déjý
eu lieu, ý l'est de Tashilumpo, Chadrel Rinpoche en avise
le DalaÔ Lama dans une missive du 17 juillet 1993, transmise
par la voie officielle via Pékin.
Le 5 aošt 1993, une réponse est
envoyée ý Chadrel Rinpoche via l'ambassade chinoise
ý New Delhi, invitant une délégation du monastËre
de Tashilhunpo, dirigée par le Rinpoche, ý se rendre
en Inde pour discuter de la recherche du Panchen Lama. Cette
invitation n'a pas reÁu de réponse.
Le 17 et 18 octobre 1994, au cours d'une
rencontre avec une personnalité chinoise proche du
gouvernement de la RPC, Sa Sainteté le DalaÔ Lama avise
le gouvernement chinois qu'elle attend toujours une réponse
ý la lettre adressée ý Chadrel Rinpoche en aošt 1993.
Au cours de cette rencontre, Sa Sainteté réitËre
l'importance de procéder ý la recherche de la réincarnation
du Panchen Lama en respectant strictement les procédures
religieuses traditionnelles.
En janvier 1995, cette mÍme personnalité
chinoise se voit rappeler ý deux reprises les discussions
concernant la réincarnation et est priée de
presser les autorités chinoises de donner rapidement
une réponse. En juin 95 il n'y avait toujours pas de
réponse.
Mais entretemps, la procédure
de reconnaissance et de proclamation officielle s'achËvent
(voir point 2), et le 14 mai, le DalaÔ Lama reconnaÓt enfin
officiellement l'enfant Gedhun Choekyi Nyima comme étant
le XIe Panchen Lama.
2.
La procédure
de reconnaissance
du Panchen
Lama réincarné
AprËs le décËs du Panchen Lama
en janvier 1989, une trentaine de noms de candidats potentiels
ý la réincarnation ont été reÁus au fil
des années, provenant de l'intérieur et de l'extérieur
du Tibet. Les noms viennent des localités suivantes
: au Tibet : Lhassa, Damzhung, Danang (Lhoka), Lhari (Nagchou),
Gyalthang, Toe Gegye, Chamdo, Lhamo, Duejung, Tsa (Malho),
Amdo, Gyazong (Lhoka), Tsethang (Lhoka), Lithang et Getse
(Ngari). En Inde : Dharamsala et le Ladakh.
En 1991, le troisiËme jour du septiËme
mois de l'année tibétaine du mouton de fer,
un rite divinatoire est pratiqué pour savoir si tel
enfant du Tibet, pressenti comme étant la réincarnation
du Panchen Lama, l'est authentiquement ou non. La divination
est négative.
En 1993, le troisiËme jour de l'année
du buffle d'eau, une divination est pratiquée pour
savoir s'il convient d'entamer et de finaliser le processus
de reconnaissance. La divination indique que le moment n'est
pas propice.
Chadrel Rinpoche, président du
comité de recherche de la réincarnation fait
parvenir par la voie officielle de Pékin une missive
datée du 17 juillet 1993. Il fait part de deux visites
menées aux lacs sacrés tibétains de Chokhor
Gyal (Lhamo Lhatso) et de Rinpung Chamsring (Yongtsa Loutso)
pour consulter des signes relatifs ý la réincarnation.
Il indique également que d'autres investigations religieuses
ont été menées, confirmant que le Panchen
Lama s'est déjý réincarné et que les
recherches seront conduites dans la direction de l'est par
rapport ý Tashilhunpo, parmi les enfants nés en l'année
du serpent, du cheval et du mouton.
En 1994, le troisiËme jour de l'année
du chien de bois, une divination est pratiquée pour
savoir si le moment était venu de finaliser la procédure
de reconnaissance. La divination indique que ce n'est pas
le bon moment.
En 1994, le dixiËme jour du premier mois
de l'année lunaire tibétaine, l'oracle de Nechung
proclame que si tous les Tibétains restent fermement
unis et solidaires, une réincarnation indubitable ne
va pas tarder ý Ítre trouvée au Tibet. Cette prophétie
est confirmée le mÍme jour par l'oracle de Tsangpa.
Une fois encore, le 30 mars 1994, l'oracle
de Tsangpa consulté ý la demande du monastËre de Tashilhunpo,
proclame que la réincarnation est née au Tibet
et qu'il n'y a pas de souci ý se faire puisque Sa Sainteté
étudie la question.
Le 3 décembre 1994, une divination
pratiquée pour savoir s'il est temps de finaliser le
processus de reconnaissance révËle que le moment est
enfin venu.
En janvier 1995 au cours de l'initiation
du Kalachakra qu'il donne ý Mindgod en Inde, le DalaÔ Lama
entame le processus de reconnaissance. Une divination a révélé
que parmi les candidats, Gendun Choekyi Nyima, dont le pËre
est Kunchog Phuntsog et la mËre, Dechen Chodon de Lhari dans
la préfecture de Ngari, au Tibet, est un "candidat
extrÍmement bon" pour la réincarnation du Panchen
Lama.
Le 23 janvier 1995 ý Dharamsala, aprËs
des offrandes devant des objets de culte tels que le Kyirong
Jowo (une image particuliËre du Bouddha rapportée du
Tibet), la thangka de Palden Lhamo (une déité
protectrice du Tibet), etc., des priËres spéciales
sont récitées, invoquant les noms des précédents
Panchen Lama. Ensuite une divination est menée pour
savoir si Gendun Choekyi Nyima est bien l'authentique réincarnation
du Panchen Lama. Le rite divinatoire le confirme.
Afin de confirmer ce résultat,
une seconde divination est pratiquée, corroborant le
résultat précédent. Aussi ne subsiste-t-il
plus aucun doute sur le fait que l'enfant, Gendun Choekyi
Nyima, est bien la vraie réincarnation, et la reconnaissance
est donc finalisée.
En 1995 ý nouveau, le treiziËme jour
du troisiËme mois tibétain, l'oracle de Nechung proclame
qu'il n'y a rien de plus ý faire ni ý dire, puisque le DalaÔ
Lama a déjý étudié la question ý travers
l'esprit des trois secrets.
Le 13 mai 1995, une derniËre divination
est pratiquée pour déterminer s'il convient
de proclamer la reconnaissance de la réincarnation
du Panchen Lama le quinziËme jour du troisiËme mois de l'année
lunaire tibétaine (qui correspond au 14 mai 1995),
ou de la remettre ý plus tard. La divination indique qu'il
vaut mieux la proclamer le jour proposé. L'enfant nommé
Gendun Choekyi Nyima est né le 25 avril 1989, le 19e
jour du troisiËme mois de l'année du serpent de terre.
DËs qu'il a été capable de parler, il a dit
: "Je suis le Panchen, mon monastËre est Tashilhunpo.
Je suis assis sur un trÙne élevé. Mes monastËres
sont dans le Tsang, ý Lhassa et en Chine". Intelligent
et brillant, il a l'esprit vif. Son maintien est posé
et sérieux et son parler, franc et direct.
3. Historique de la reconnaissance
des Panchen Lamas
La réaction chinoise officielle
ý l'annonce de la réincarnation du Panchen Lama par
Sa Sainteté le DalaÔ Lama arrive sous la forme d'une
dépÍche de l'agence Xinhua le 17 mai 1995. Elle contient
une déclaration du porte-parole du Bureau des affaires
religieuses de la RPC, présentant un certain nombre
d'allégations sans fondement sur le statut des DalaÔ
Lamas et des Panchen Lamas. Voici les clarifications nécessaires
pour rectifier ces déclarations.
Selon la déclaration chinoise,
"les titres de DalaÔ Lama et de Panchen Erdini de l'Ecole
bouddhiste tibétaine Gelougpa ont été
conférés par le gouvernement central de la dynastie
Qing". Or les sources historiques montrent clairement
que le titre de DalaÔ Lama a été offert par
le pince mongol Altan Khan ý Sonam Gyatso en 1578. Ce dernier
est connu sous le titre de TroisiËme DalaÔ Lama, ses deux
incarnations précédentes reconnues ayant été
désignées rétrospectivement comme Premier
et DeuxiËme DalaÔ Lama.
De mÍme, l'attribution du titre de Panchen
ý la dynastie Qing est inexacte. Le titre de Panchen a été
attribuée aux abbés de Tashilhunpo de la maniËre
suivante. Gendun Droup, qui fut reconnu rétrospectivement
comme le Premier DalaÔ Lama, a fondé le monastËre de
Tashilhunpo en 1447. C'était un érudit religieux
de trËs grande stature. Lorsqu'il rencontra le Panchen Choglay
Namgyal, un autre érudit de l'époque, Gendun
Droup répondit ý toutes les questions de spiritualité
que lui posait le grand maÓtre. Profondément impressionné,
le Panchen Choglay Namgyal lui conféra le titre de
"Omniscient". Par conséquent, Gendun Drup
en vint ý Ítre connu sous les titres de "Omniscient"
et de "Panchen", mot composé des deux premiËres
syllabes de Pandit, érudit en sanskrit et Chen-po,
qui signifie "grand" en tibétain.
Gendun Droup fut le premier abbé
de Tashilhunpo et treize abbés lui ont succédé
jusqu'ý l'installation de Lobsang Choekyi Nyima. Tous ont
été nommés par le monastËre de Tashilhunpo
sur base de leur érudition et tous ont bénéficié
du titre de "Panchen". Cependant le XVe abbé,
Lobsang Choekyi Gyaltsen, a assumé une position particuliËre
lorsque le Ve DalaÔ Lama lui donna le monastËre de Tashilhunpo.
Depuis lors, ses réincarnations ont été
reconnues comme Panchen Lama. Les trois réincarnations
reconnues ayant précédé Lobsang Choekyi
Gyaltsen mais n'appartenant pas au monastËre de Tashilhunpo
ont néanmoins reÁu le titre posthume de Panchen Lama.
C'est pourquoi Lobsang Choekyi Gyaltsen est comptabilisé
comme le IVe Panchen Lama. Voilý l'une des raisons pour lesquelles
l'affirmation chinoise que la dynastie Qing aurait conféré
les titres de DalaÔ et de Panchen est historiquement intenable.
En 1731 l'empereur mandchou K'ang-hsi
offrit le titre d'Erdini au VËme Panchen Lama, Lobsang Yeshi.
C'est un terme mongol signifiant "précieux joyau",
un titre honorifique partagé par beaucoup de lamas
mongols.
Les empereurs Qing, mandchous, révéraient
le DalaÔ Lama comme leur refuge et lui offraient tout leur
soutien dans d'esprit de la relation chapelain-protecteur
(cheu-yeun) existant entre eux. En 1792, en réponse
ý la requÍte du gouvernement tibétain, l'empereur mandchou
envoya des forces importantes pour aider l'armée tibétaine
ý chasser l'envahisseur gurkha. La mÍme année fut institué
le nouveau systËme de sélection des réincarnations
de hauts lamas par tirage au sort. C'est un événement
en Mongolie, sur qui le Tibet avait traditionnellement autorité
spirituelle, qui entraÓna l'introduction de ce systËme. A
la mort du lama mongol Erdini Pandita Khutuktu, une dispute
naquit quant ý la sélection de sa réincarnation.
C'est afin d'éviter de telles complications dans le
futur, que l'on introduisit un systËme de tirage au sort.
Il n'y a pas de preuves historiques suggérant
que ce systËme de tirage au sort a été établi
dans le but exprËs de sélectionner les réincarnations
du DalaÔ Lama et du Panchen Lama. En outre, les Mandchous
(la dynastie Qing au pouvoir en Chine) étaient un peuple
bouddhiste d'Asie centrale, un pouvoir étranger occupant
la Chine. Les Chinois eux-mÍmes reconnaissent les Mandchous
comme une force d'occupation étrangËre. En 1911, lorsque
la révolution nationaliste a renversé la dynastie
Qing des Mandchous, Sun Yat-sen a dit que la Chine a été
occupée deux fois par des forces étrangËres
: la premiËre fois par les Yuan et la seconde, par les Qing.
Logiquement, les Tibétains n'acceptent donc pas les
prétentions chinoises actuelles héritées
de la relation chapelain-protecteur entre le Tibet et les
Mandchous.
Comme le gouvernement du Kuomintang en
son temps, les Chinois déclarent ý présent qu'ils
ont joué un rÙle décisif dans la sélection
et l'installation du XIVe DalaÔ Lama. En réalité,
ce dernier a été sélectionné conformément
aux croyances et traditions anciennes du Tibet, et l'approbation
du gouvernement chinois n'a jamais été nécessaire
ni demandée. L'assemblée nationale tibétaine
a confirmé le XIVe DalaÔ Lama en 1939.
Lors de l'intronisation, le 22 février
1940, Wu Zhongxin, l'émissaire chinois n'a joué
aucun rÙle particulier, pas plus que les représentants
du Bhoutan, du Sikkim, du Népal et de l'Inde. Sir Basil
Gould, l'officier politique britannique représentant
l'Inde britannique ý la cérémonie, a expliqué
que la version chinoise officielle des événements
était une fiction préparée et diffusée
avant mÍme que l'événement ait eu lieu.
Le 31 juillet 1989, Ngapo Ngawang Jigme,
vice-président du comité permanent du congrËs
du peuple chinois déclarait : "L'an dernier, lors
d'une réunion ý l'Institut de tibétologie, j'ai
évoqué cela et mes observations concernant des
documents du Kuomintang. J'ai dit que nous, le parti communiste,
n'avions pas besoin de raconter des mensonges basés
sur des mensonges du Kuomintang. Alors le camarade Chang Feng
du ministËre du front uni, a dit : ý l'avenir nous ne dirons
plus que Wu Zhongxin a officié ý l'intronisation du
XIVe DalaÔ Lama".
La déclaration chinoise prétend
ensuite que le DalaÔ Lama a dérogé "ý la
convention historique établie, sapant les rites religieux".
Elle conclut que l'annonce de la réincarnation du Panchen
Lama est "illégale et nulle". Ce sont lý
des allégations motivées politiquement et sans
aucun fondement historique réel.
Si cette allégation signifie que
le systËme de tirage au sort n'a pas été appliqué
dans la reconnaissance de l'actuel Panchen Lama, il faut souligner
que ce systËme n'a été utilisé que pour
la reconnaissance de trois des quatorze DalaÔ Lamas et de
deux des dix Panchen Lamas. Depuis 1792, date o˜ le systËme
fut introduit sous le rËgne du VIIIe DalaÔ Lama, il y a eu
six DalaÔ Lamas successifs et seulement trois tirages au sort.
De mÍme, ce systËme n'a pas été utilisé
pour confirmer la reconnaissance du dixiËme Panchen Lama.
La relation entre le DalaÔ Lama et le
Panchen Lama remonte ý l'époque du Ve DalaÔ Lama et
de son contemporain, le Panchen Lobsang Choekyi Gyaltsen,
qui est considéré comme le IVe Panchen Lama.
Panchen Lobsang Choegyal avait reconnu le Ve DalaÔ Lama. En
retour, le Ve DalaÔ Lama a reconnu le Panchen Lobsang Yeshi
comme le VËme Panchen Lama. Le VIIe DalaÔ Lama reconnut le
VIe Panchen Lama, qui a son tour reconnut le VIIIe DalaÔ Lama.
Le VIIIe DalaÔ Lama reconnut le VIIe Panchen Lama. C'est la
convention historiquement établie. La reconnaissance
de la réincarnation du Xe Panchen Lama par Sa Sainteté
le DalaÔ Lama est donc parfaitement en accord avec cette convention.
4.
La position équivoque de la Chine
Depuis le décËs du Panchen Lama
en 1989, Sa Sainteté le DalaÔ Lama a entrepris de nombreuses
approches du gouvernement chinois. Mais les autorités
chinoises ont rejeté toutes les demandes de Sa Sainteté
d'envoyer des délégations religieuses au Tibet
pour aider et participer ý la recherche de la réincarnation.
Le DalaÔ Lama ne souhaitait pas politiser l'affaire de la
réincarnation. L'enfant reconnu était né
et vivait au Tibet. En annonÁant le nom de l'enfant, Sa Sainteté
en appelait au gouvernement chinois pour qu'il élargisse
sa compréhension, sa coopération et son assistance
"afin de permettre ý Rinpoche de recevoir l'éducation
religieuse lui convenant et d'assumer ses responsabilités
spirituelles". Sa Sainteté a fait le maximum pour
se montrer coopératif dans le but d'éviter toute
confrontation sur la question.
Si le respect de la tradition bouddhique
et de ses coutumes constituent le critËre de légalité
et de validité pour la recherche et la reconnaissance
de la réincarnation du Panchen Lama, alors il n'existe
aucun motif de s'opposer ý la décision du DalaÔ Lama.
L'action de Sa Sainteté allait-elle
"rencontrer une forte opposition dans les milieux bouddhistes
tibétains" ou un grand respect, cela n'apparaÓtrait
clairement que si le peuple du Tibet pouvait acquérir
la liberté d'exprimer ses sentiments véritables.
Nous ne répondrons pas ý certaines déclarations
que des Tibétains du Tibet sont forcés de faire
par leurs maÓtres chinois. Nous sommes bien conscients des
difficultés qu'ils connaissent. Le mépris de
la Chine pour les sentiments religieux du peuple tibétain,
tel qu'il ressort de leur attitude autoritaire vis ý vis de
la reconnaissance du Panchen Lama, manifeste la vraie nature
de leur dictature au Tibet. La réalité d'aujourd'hui
c'est que le Tibet est un pays occupé par une puissance
coloniale.
Au cours des derniËres années,
Sa Sainteté le DalaÔ Lama a fait un maximum d'efforts
en vue d'arriver ý une solution acceptable pour les deux parties
concernées par le problËme du Tibet, dans un esprit
de réconciliation et de compromis. Cette approche qui
est celle de la voie du milieu vise avant tout ý garantir
au Tibet une véritable autodétermination. Tout
en prenant en considération les intérÍts du
peuple chinois, le DalaÔ Lama s'est gardé d'insister
pour inscrire l'indépendance du Tibet et sa séparation
d'avec la Chine ý l'ordre du jour des négociations
proposées.
Il est ý regretter que le Chine a rejeté
chacune des initiatives de Sa Sainteté en vue d'un
rËglement pacifique et négocié de la question
tibétaine. Récemment le gouvernement chinois
déclarait que "la lutte entre nous et la clique
du DalaÔ ne concerne pas la question de la liberté
religieuse et de l'autonomie. C'est un combat entre notre
cÙté et celui de l'ennemi". Ce ne sont donc manifestement
pas les Tibétains qui refusent obstinément de
rechercher et d'adopter une solution pacifique au problËme
du Tibet.
La Chine a réagi ý l'annonce du
Panchen Lama par de nouvelles répressions et de nombreuses
arrestations.
5.
Chadrel Rinpoche
Chadrel Rinpoche, chef de le commission
officielle chinoise responsable de la recherche de la réincarnation
du dernier Panchen Lama, a été arrÍté
ý Chengdou le 18 mai 1995 alors qu'il rentrait de Pékin
ý Shigatse, quatre jours aprËs l'annonce de la découverte
de la Xe réincarnation du Panchen Lama, le 14 mai ý
Dharamsala.
Chadrel Rinpoche, qui était aussi
l'abbé en exercice du monastËre de Tashilhunpo ý Shigatse,
le siËge du Panchen Lama, a été emmené
ý Pékin et mis au secret. Les autorités chinoises
ont mis de nombreux mois a admettre l'arrestation de Chadrel
Rinpoche. Il a été inculpé de collaboration
avec le DalaÔ Lama au cours de la procédure de recherche.
Il a été libéré en janvier 2002.
Nous en appelons ý tous les gouvernements,
ONG et individus concernés par les droits de l'homme
pour demander la libération immédiate de Rinpoche.
Traduction adaptée de l'anglais par
l'asbl Les Amis du Tibet - Belgique
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