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LE POINT SUR LE TIBET



" Pas plus que leur pays. les Tibétains ne sont barbares et incultes. Sous leur écorce grossière ils cachent des raffinements que nous n'avons pas, beaucoup de politesse et de philosophie, le besoin d'embellir les choses vulgaires, tout ce qui leur sert, que ce soit une tente, un couteau ou un étrier. Ils font usage de plusieurs langues (sacrée, écrite, parlée, noble ou vulgaire) dont les vocabulaires et les syntaxes changent suivant les interlucteurs." (Jacques Bacot, 'Le Tibet Révolté').

Le Tibet, "Toit du Monde", se trouve sur le haut plateau himalayen, au nord de l’Inde. Il est parcouru d’est en ouest par quatre grandes chaînes de montagnes: l’himalayenne (avec l’Everest), la transhimalayenne (avec le Kailash), la Nyendun Tangula et le Kunlun.

Six des plus grandes fleuves d’Asie y prennent leur source: l’Indus, la Sutley et le Brahmapoutre (Yarlong Tsangpo en tibétain), qui sécoulent vers le sud; la Salouen, le Mékong et le Yangzi Jiang, qui s’écoulent vers l’est.

En 1950, le Tibet a été envahi par la Chine. Depuis lors, la République populaire de Chine (RPC) occupe ce pays en violation flagrante du droit international. Elle y a introduit le système communiste et détruit une riche culture millénaire, fondée sur les enseignements du Bouddha, notamment la non-violence et le respect de tous les êtres vivants.

Le Tibet historique se composait de trois provinces - le Kham, l'Amdo et l'U-Tsang - dont la superficie correspondait à environ 5 fois celle de la France. Il comptait avant l’invasion chinoise 7,34 millions d'habitants, dont à peine 250.000 Chinois qui vivaient près de la frontière orientale.

Aujourd'hui, la Chine, en parlant du Tibet, se réfère exclusivement à l'ancienne province d'U-Tsang qui, avec certaines régions du Kham, constitue depuis 1965 la Région Autonome du Tibet (RAT). Les autres régions du Tibet ont été incorporées dans la RPC: l'Amdo est devenu la province de Qinghai, et le Kham a été réparti entre les provinces de Gansu, Yunnan et Sichuan.

Par conséquent, les 3 ou 4 millions de Tibétains (sur une population tibétaine totale estimée aujourd’hui à environ 6 millions) qui habitent ces régions devenues des provinces chinoises, se retrouvent, sans s’être déplacés, de l’autre côté de la frontière, à l'extérieur du Tibet, et ils sont devenus du même coup une minorité ethnique sur une terre qui n’est autre que leur propre territoire ancestral.

L'invasion a coûté la vie à environ 1,2 million de Tibétains, victimes d'exécutions, de travaux forcés, d'emprisonnement, de tortures, de famine, et de suicide par désespoir.

Environ 6.000 monastères et temples ont été détruits, les trésors religieux furent emmenés en Chine ou détruits. Environ 600.000 religieux ont péri dans les camps de travail et prisons ou sont morts pendant la fuite. La vie religieuse et culturelle du Tibet fut gravement atteinte, sinon anéantie, car les monastères abritaient les écoles et universités et transmettaient l'héritage spirituel, religieux et artistique.

Du reste, la RPC n’a rien laissé de l’environnement culturel et architectural du Tibet historique, dont elle parachève la destruction en rasant tout le vieux Lhassa, joyau du patrimoine de l’humanité, qui aura définitivement disparu avant l’an 2000 pour faire place à la grisaille d’une ville chinoise en béton.

En 1959, le Dalaï Lama, chef politique et spirituel du Tibet, a dû se réfugier en Inde, suivi d’environ 100.000 Tibétains. En 1963, il a promulgué une constitution démocratique pour le Tibet. Celle-ci est mise en oeuvre par le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala (Inde). En février 1991, après une réforme de cette constitution, les Tibétains en exil ont élu un nouveau parlement (avec 46 députés au lieu de 12).

Après plus de 54 ans d'occupation chinoise - appelée du côté chinois: libération pacifique - l'aspiration des Tibétains à retrouver leur indépendance et leur identité reste vivace. Depuis 1987, un mouvement général d’opposition qui, à partir de Lhassa, semble gagner les campagnes, et qui est attesté par une série de manifestations.

Avant d'en parler plus en détail, il convient d’examiner la situation actuelle au Tibet et certains aspects de la vie des Tibétains pour mieux comprendre les causes de cette opposition qui ne se relâche pas.

Transfert de population

Depuis 1983, la RPC encourage activement l'immigration massive de Chinois au Tibet - ouvriers, commerçants et cadres - à coups de primes, de hauts salaires et d’avantages sociaux, tels des logements modernes, des congés supplémentaires et l’accès prioritaire des enfants aux meilleures écoles.

En bons et purs colonisateurs, les communistes chinois prétendent être investis d’une "mission civilisatrice": ils sont venus au Tibet pour aider ce pays arriéré à rattraper son retard de développement et lui apporter les bienfaits de la grande civilisation chinoise. Bien entendu, le système de valeurs de la culture tibétaine -inférieure par définition- n’est absolument pas respecté.

Et c’est ainsi que la Chine communiste inflige au Tibet l'implantation brutale à la fois d'une population étrangère et d'un système économique étranger, l’une et l’autre axés sur l'exploitation maximale et le profit immédiat. Or, de tels objectifs sont aux antipodes des traditions et coutumes tibétaines qui ont, pendant des siècles, assuré la subsistance de la population, la stabilité sociale et la protection d'un environnement fragile.

D'après des estimations fiables, on compterait aujourd'hui 7,5 millions de Chinois pour 6 millions de Tibétains dans les trois provinces du Tibet historique d'avant 1950. Et les Chinois continuent d’arriver en masse.

Tous les domaines de la vie des Tibétains sont affectés par cette immigration massive. C’est la discrimination générale à l’encontre des Tibétains, mais elle est parfois difficile à discerner, escamotée comme elle l’est par des lois en apparence conçues pour les protéger.

L'éducation ou le cercle vicieux

Dans les années soixante, au moment de la destruction des monastères et de la disparition du corps enseignant tibétain, le régime communiste a mis en place un système éducatif purement laïc, dominé par la langue chinoise, qui transmettait aux élèves les valeurs révolutionnaires marxistes.

50 ans après l'invasion, les résultats de la "mission civilisatrice" poursuivie par les autorités chinoises dans ce domaine, sont plutôt minces.

L'enseignement primaire est donné en tibétain, c’est un fait. Il n’empêche que, d’après des statistiques de 1988, 45% seulement des enfants en âge scolaire fréquentent l'école primaire, et que l’analphabétisme atteint encore 70% des Tibétains. En fait, 90% des enfants de paysans ou de nomades reçoivent, au mieux, une éducation primaire.

Cette situation serait due, d’après les renseignement pris, à la pénurie d'instituteurs, au sous-équipement et délabrement des écoles à la campagne et à la réticence des parents à confier leurs enfants à un système d’enseignement qui ne respecte pas les valeurs tibétaines traditionnelles.

A partir du cycle secondaire, le chinois devient la langue véhiculaire, et le tibétain est relégué au rang de langue secondaire qu’il n’est possible d’étudier qu'en sacrifiant l'étude de l'anglais.

L’enfant tibétain entre dans le cycle secondaire avec une connaissance très limitée du chinois, handicap qu’il devra surmonter au plus vite, sous peine de passer pour un crétin et de ne pas pouvoir absorber l’ensemble du programme.

La discrimination linguistique intrinsèque du système scolaire entraîne fatalement la marginalisation de la langue tibétaine dès le secondaire. Il va de soi que le chinois est la langue véhiculaire du commerce, de l'administration et de l'éducation. La connaissance du chinois et de l'anglais donne accès aux carrières dans tous les secteurs importants. Le tibétain, en revanche, n'est d'aucune utilité dans la vie professionnelle.

Il s’ensuit que beaucoup de jeunes Tibétains qui n'ont pas su surmonter l'obstacle linguistique et apprendre un métier, se retrouvent chômeurs dans les rues de Lhassa.

La vie religieuse

En 1959, la Commission internationale des Juristes, un organisme indépendant, a procédé à l'examen approfondi des témoignages recueillis; elle en a conclu que "des actes de génocide ont été accomplis au Tibet dans l'intention de détruire les Tibétains en tant que groupe religieux", et elle a invité les Nations unies à se saisir de la question.

Il en ressort que, dès avant la révolution culturelle, la République populaire de Chine s'est attaquée aux racines mêmes de la culture tibétaine: la religion bouddhiste. Elle a détruit les temples et monastères, la plus grande partie des objets du culte et les manuscrits tibétains, trésors culturels d'une valeur inestimable. Quant aux moines, ils ont péri par centaines de milliers dans les massacres, les prisons et les camps de travail. La vie religieuse du Tibet semblait éteinte.

Depuis 1980, toutefois, la Chine a changé de politique et a autorisé la reconstruction partielle de certaines monastères. Et peu à peu, la vie monastique a repris, grâce aussi au dévouement inébranlable de la population tibétaine qui, par son travail volontaire et ses dons, contribue largement à la reconstruction des bâtiments sacrés.

Les monastères se repeuplent de moines et de novices, mais leurs effectifs atteignent à peine le dixième de ce qu’ils étaient en 1950. En outre, de nombreux parents confient leurs enfants aux monastères pour qu'ils y reçoivent une éducation tibétaine.

La religion semble reprendre sa place d’autrefois, mais les apparences sont trompeuses, car elle est encadrée par une série de règles et restrictions imposées par les autorités chinoises, et en décembre 1994, les Chinois ont introduit de nouvelles restrictions, limitant strictement le nombre de moines et de nonnes:

a) interdiction de toute activité religieuse en dehors des temples et des monastères;

b) contrôle de l'activité des monastères par l'Etat, limitation du nombre des moines en fonction de critères politiques;

c) âge minimum des novices fixé à 18 ans;

d) interdiction de toute activité superstitieuse, terme vague s'applique à bien des rites et pratiques traditionnels, et permet de brimer l'expression de la foi;

e) expulsion de moines et de nonnes de leurs monastères, voire leur arrestation, après examen de leur ‘patriotisme’, si celui-ci se révèle ‘déficient’.

Le souci de contrôle de l'activité des monastères montre que ces derniers sont devenus des foyers de réflexion sur l'identité du Tibet, sur son avenir et sur les moyens de lui rendre son indépendance. Ce sont, en effet, les moines et les nonnes qui ont lancé la plupart des manifestations non-violentes et continuent de le faire, en dépit de tous les contrôles. On entre au monastère pour faire de la résistance.

Le contrôle des naissances

Le contrôle des naissances, imposé au peuple tibétain contre sa volonté, n’est autre qu’un outil de sinisation.

La situation au Tibet n'est absolument pas comparable à celle qui prévaut en Chine: le Tibet a un taux de mortalité infantile élevé et une espérance de vie très courte. En outre, la densité de la population y est 100 fois inférieure à celle de la Chine.

Au Tibet, le contrôle des naissances sur le modèle chinois équivaut donc à un génocide.

Vu les nombreuses critiques qui leur sont adressées sur la foi des témoignages de réfugiés tibétains, les autorités chinoises laissent intentionnellement planer l’ambiguïté sur leur politique, dont l'application semble d’ailleurs dépendre en grande partie du zèle des cadres locaux du Parti.

En tant que minorité ethnique, les Tibétains avaient, jusqu’à tout récemment, droit à deux enfants en ville et à trois enfants dans les campagnes Les cadres tibétains étaient, en revanche, incités à suivre la politique de l'enfant unique.

Sous prétexte d'améliorer "la qualité génétique de la population tibétaine", le gouvernement chinois a décidé, en janvier 1992, d'étendre à la Région Autonome du Tibet les mesures contraignantes de limitation des naissances en vigueur en Chine.

Quel que soit d’ailleurs le nombre d'enfants autorisés, la femme tibétaine risque à tout moment d’enfreindre dans ce domaine des lois et des règlements spécifiques dont elle ignore souvent jusqu’à l’existence. Ce qui est sûr, c'est que toute grossesse sans "permis de naissance" officiel est illégale et doit être interrompue par un avortement. (Les avortements ne sont pas pratiqués avant le 5ème mois de grossesse.) Sinon, l'enfant né illégalement est exclu d’office de la société, car il n'aura droit ni à la carte de rationnement, ni aux soins médicaux, ni à l'éducation: il sera une non-personne. Quant à ses parents, il seront frappés de sanctions économiques, de privation de salaire, d’interdiction d'emploi, de blocage de la carrière, etc.

Les pressions exercées sur une femme enceinte sans "permis de grossesse" peuvent prendre diverses formes: les plus modérées, si l’on peut dire, sont les sanctions économiques et sociales, les insultes et les menaces, mais cela peut aussi aller de l'avortement forcé à l'infanticide (en cas de naissance mature) en passant par la stérilisation forcée.

Phénomène alarmant, de plus en plus de relations et témoignages font état du recours à la force pour contraindre les femmes tibétaines, même très jeunes, à l'avortement ou la stérilisation. On peut difficilement ne pas y voir une intention politique.

L'environnement

Lors du ‘Sommet de la Terre’ qui s’est tenu en juin 1992 à Rio, la détresse écologique du Toit du Monde et ses dangers pour l'écosystème planétaire, ont enfin été révélés dans toute leur ampleur à l’opinion publique.

Ses principaux aspects peuvent se résumer comme suit:

• Les forêts vierges du Tibet comptent parmi les plus vastes du monde. Elles disparaissent à vue d'oeil. Nul ne peut plus nier leur destruction, et les autorités chinoises elles-mêmes la reconnaissent. C'est surtout dans les anciennes provinces de l'Amdo et du Kham que l'exploitation inconsidérée des forêts et les abattages sauvages ont dénudé des montagnes entières.

L'érosion qui en résulte touche particulièrement les vallées des grands fleuves qui arrosent les plaines surpeuplées de Chine et d'Asie. Les immenses forêts de sapins, pins, cyprès tibétains, bouleaux, mélèzes, noyers, peupliers et rhododendrons ont disparu. Or, la fragilité des sols en altitude et l'escarpement des pentes font qu'en beaucoup d'endroits, il n'y a même plus le moindre espoir de reboiser.

En 1988, des visiteurs étrangers ont compté - et filmé - jusqu'à 60 camions par heure qui descendaient, jour et nuit, chargés de troncs, du Tibet vers la Chine.

• Le déboisement massif se répercute fatalement sur le régime des grands fleuves asiatiques qui prennent leur source dans l'Himalaya ou sur le haut plateau tibétain: le Brahmapoutre, l'Indus, le Gange, le Mékong, le Fleuve Bleu et le Fleuve Jaune.

• Privés de leur habitat, les troupeaux de gazelles, d'antilopes, de chèvres pashmina, de daims musqués, de yacks et d'ânes sauvages, autrefois immenses, ont disparu du Tibet; l’ours et le splendide léopard des neiges sont eux aussi menacés d'extinction.

Le problème déborde largement le cadre purement national, car on sait maintenant que la stabilité de l'environnement de la plupart des pays du sud-asiatique, notamment le Bengladesh, la Birmanie et l'Inde, dépend directement de l'état de l'écosystème tibétain.

Le Tibet possède aussi plus de 1500 lacs aux eaux d'une pureté légendaire. Plusieurs sont maintenant menacés, et en particulier, le célèbre lac Kokonor, dont le niveau a déjà baissé de 3,5 m depuis 1950 suite aux besoins accrus des colons chinois et de l'agriculture.

• Le délicat équilibre écologique des hautes altitudes, que les nomades tibétains avaient su respecter grâce à une savante technique de pâture, a été détruit par l'instauration du système purement chinois des communes agricoles et des normes de production. Trop d'animaux ont dû être élevés sur trop peu de terres. De surcroît, les colons chinois refoulent de plus en plus les nomades vers les hautes terres, moins riches et plus vulnérables.

Après la libéralisation de 1980, les nomades ont été autorisés à accroître leurs troupeaux bien au-delà de la capacité des sols, dont la dégradation s'est donc encore accélérée.

• Le Tibet, qui s'appelle en chinois le "Trésor de l'Occident", a un sous-sol très riche en minéraux, dont certains extrêmement rares. On y trouve, entre autres, d’abondants gisements d’or, d’uranium, de borax, de tungstène, de lithium, de cuivre, de chrome, de soufre. Les montagnes qui entourent la ville sainte de Lhassa, capitale du Tibet, contiendraient à elles seules la moitié des réserves mondiales d'uranium!

Certaines régions souffrent d’une nouvelle ‘Ruée vers l’or’ et l’environnement y est complètement mis à sac par les Chinois.

• Il est scientifiquement établi que la dégradation de l'écosystème tibétain a des répercussions sur les conditions climatiques de la planète: Il apparaît que la destruction de la forêt en altitude modifie les conditions météorologiques, c'est-à-dire les grands vents dominants (jet-stream) qui régissent les climats planétaires. Les retards et l’insuffisance de la mousson en Inde, les inondations catastrophiques du Bengladesh, la fréquence accrue des périodes de sécheresse dans la province chinoise du Yunnan ont une seule et même cause, qui est parfaitement connue: la modification de l'écosystème tibétain.

• Une nouvelle menace se profile pour l'environnement tibétain: début mai 1992, le gouvernement de la RAT a annoncé la création d'une "zone économique et technologique spéciale", qui doit doter le haut plateau himalayen d’une industrie moderne et élever le niveau de vie de la population (composée principalement de nomades et de paysans!).

Les autorités proposent des incitations fiscales et des terrains à loyer réduit aux investisseurs étrangers et chinois de Chine métropolitaine.

Plusieurs projets sont déjà en voie de réalisation, notamment, la centrale hydroélectrique sur le lac sacré Yamdrok Tso -un des plus beaux sites du monde qui sera détruit-; le drainage et le comblement des marais à l'ouest de Lhassa en vue d’étendre la superficie cultivable dont l’exploitation permettra de nourrir les nouveaux colons chinois attirés par les avantages de la zone spéciale.

L'industrialisation provoquera donc à coup sûr une nouvelle dégradation de l'environnement et un nouvel afflux de Chinois.

La menace nucléaire

A ce point, il faut parler de la menace nucléaire.

Déjà, l'exploitation des gisements d'uranium est une source de pollution grave. Mais elle n’est pas la seule: l’agence chinoise Xinhua a récemment annoncé dans un communiqué ce que suspectaient certaines organisations telles que Greenpeace et International Campaign for Tibet: la Chine stocke des déchets radioactifs à proximité du lac Kokonor (Amdo), sur le site d’une usine d’armes nucléaires dans la préfecture de Haibei fermée depuis 1987.

Or, les tremblements de terre sont fréquents dans cette zone de forte activité sismique, où se trouvent en outre des réserves d'eau vitales pour les plaines sud-asiatiques.

Le haut plateau tibétain, qui domine à la fois l'Inde et l'ex-URSS, est incontestablement d’un intérêt stratégique exceptionnel et offre un site idéal pour les bases de missiles. La RPC y aurait installé au moins 5 bases de missiles équipés d'ogives nucléaires: 8 missiles intercontinentaux (ICBM), 80 missiles de moyenne portée (MRBM) et 20 missiles de portée intermédiaire (IRBM). La plus importante base chinoise serait celle de Nagchouk, à quelque 260 km au nord de Lhassa. La RPC contrôle ainsi toute la région et tient à son entière merci ses voisins, et notamment, l’Inde, dont toutes les grandes villes sont à la portée de ses missiles.

Bien entendu, un tel arsenal nécessite une forte présence militaire (entre 300.000 et 500.000 soldats, selon des estimations officieuses), et celle-ci ne fait qu'aggraver encore la dégradation et la pollution de l'environnement.

La résistance tibétaine

Depuis septembre 1987, plusieurs grandes manifestations indépendantistes se sont succédées à Lhassa sous les yeux de touristes et de journalistes étrangers. Des milliers de Tibétains ont defilé autour du Jokhang, le temple central de Lhassa, en brandissant le drapeau tibétain interdit et en réclamant l'indépendance du Tibet. Conformément à la consigne chinoise officielle de "répression sans merci", elles ont presque toutes été étouffées dans le sang.

Des milliers de Tibétains ont été arrêtés et torturés, et des centaines, condamnés sans procès équitable, se trouvent encore en prison ou dans les camps de rééducation par le travail.

A la suite du dernier grand affrontement insurrectionnel de mars 1989, les autorités chinoises ont imposé la loi martiale. Celle-ci ne fut pas levée avant fin avril 1990. Pourtant, treize mois de répression féroce et de contrôles sévères par la police armée chinoise ne sont pas venus à bout de la résistance tibétaine.

Aussitôt la loi martiale levée, les manifestations ont en effet repris et devinrent même plus fréquentes, mais avec une participation limitée à une dizaine de personnes (souvent des moines et des nonnes), qui savent qu’elles vont être arrêtés immédiatement et, plus que probablement, battues et torturées.

Les derniers mois de 1992 et au début de 1993, les foyers de contestation se multiplient dans les campagnes, provoquant de soudaines flambées jusque dans les endroits les plus reculés. Toute cette agitation culmine en une série de grandes manifestations en mai et juin 1993, au cours desquelles plusieurs manifestants ont trouvé la mort.

L'inventivité inépuisable des Tibétains engendre aussi d'autres formes de résistance: affichages et tracts proclamant l'indépendance du Tibet, déploiement impromptu du drapeau tibétain et de symboles religieux, distribution clandestine des discours du Dalaï Lama ...

Les Tibétains, c’est évident, ne sont pas une minorité ethnique qui s’insurge contre la violation de certains de ses droits, mais bien une nation qui affirme son existence en tant que nation et se révolte contre son oppresseur étranger.

Il est sorti dans la clandestinité un document tibétain remarquable, intitulé "Manifeste de Drépung", qui traite de la "Signification de la Constitution démocratique du Tibet". Fruit des réflexions d'un groupe de dix moines du monastère de Drépung, il illustre la lutte non-violente des Tibétains pour un Tibet libre et révèle l’existence d’une nouvelle génération de Tibétains qui, sans rejeter les valeurs du bouddhisme, veut un régime démocratique pour le Tibet. D’après les auteurs, la future Constitution du Tibet doit être fondée sur la Déclaration universelle des Droits de l'Homme et sur les enseignements du Bouddha, et prévoir la séparation des pouvoirs temporel et spirituel.

Les dix auteurs furent arrêtés et condamnés, le 30 novembre 1989, par un "rassemblement public" pour cause d’activités contre-révolutionnaires à des peines d'emprisonnement allant de 5 à 19 ans. Amnesty International les a adoptés comme prisonniers d'opinion. Deux entre eux ont été pris en charge par des groupes d'adoption belges.

Dernière mise à jour: 22.11.2004© 2004 Les Amis du Tibet